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« Ai-je », mais « m’exclamé-je » : l’inversion entre le sujet et le verbe, et le « e » accentué

Dans certaines phrases interrogatives et exclamatives, au présent de l’indicatif, le sujet peut être placé après le verbe. À la première personne du singulier, on écrit « ai-je », par exemple. Mais que se passe-t-il quand le verbe finit par un « e » muet ? Que doit-on écrire : « m’exclamé-je », « m’exclamè-je »… ?

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« Suis-je bête ! » s’écrie-t-on parfois. Voici le cas d’une phrase exclamative où le sujet est inversé. Il suffit de placer le sujet après le verbe et de les relier par un trait d’union. De même dans les phrases interrogatives : « ai-je ? », « puis-je ? », « vois-je ? », « suis-je ? ».

Quand le verbe se termine par un « e » muet au présent de l’indicatif (« je pense », « j’aime », « je me trompe »), ce dernier prend traditionnellement un accent aigu : « pensé-je », « aimé-je », « me trompé-je ». Or, ce « é » se prononce « è ». Voilà pourquoi, depuis 1990, il est possible de conformer l’orthographe à la prononciation en mettant un accent grave : « pensè-je », « aimè-je », « me trompè-je ».

Exemple : « Tu avais promis de ranger ta chambre aujourd’hui, me trompé-je ? » (ou « me trompè-je ? »).

On notera que ces verbes appartiennent généralement au premier groupe, mais on en trouve aussi dans le troisième groupe : « cueillir », « je cueille », « cueillé-je » (ou « cueillè-je »).

Avis de l'expert

Sandrine Campese
Autrice langue française, créatrice de la mnémographie

Ce « e » accentué ne se rencontre pas seulement au présent de l’indicatif. On le retrouve, par exemple, avec « devoir » à l’imparfait du subjonctif : « Dussé-je y passer la nuit, je finirai ce puzzle ! » (ou « Dussè-je »). Autrement dit : même si je dois y passer la nuit…, quand bien même je devrais y passer la nuit…

Aujourd’hui, ces formes en « é-je » (ou « è-je ») ou autres sont surtout écrites, soutenues ou littéraires, mais elles s’emploient encore plaisamment à l’oral, comme dans cette formulation cocasse : « Où vais-je, où cours-je, dans quel état j’erre ? » (où l’on entend « courge » et « étagère »).

Dans ses San-Antonio, Frédéric Dard a mis ces tournures au service de ses fantaisies langagières : « blafardé-je », « gramuglé-je », « préambulé-je », etc.

Exercice

  1. Ai-je vraiment besoin d’une quatrième paire de chaussures ?
  2. « Quelle merveille ! » m’exclamé je devant le paysage.
  3. Me trompê-je, ou vous essayez discrètement de changer de sujet ?
  4. Suis je la seule à trouver cette situation étrange ?
  5. Pensè-je vraiment ce que je viens de dire ?
  6. « Je ne suis pas convaincu », murmure je à mon voisin.
  7. Offré-je suffisamment de garanties pour vous convaincre ?
  8. Puis-je savoir ce que vous faites dans mon bureau ?
  9. Aimè-je réellement passer mes dimanches à ne rien faire ?
  10. Dusse-je me fâcher, personne ne quittera cette pièce avant d’avoir dit la vérité !

  1. Phrase correcte.
  2. Faux. Il faut écrire : « Quelle merveille ! » m’exclamé-je (ou « m’exclamè-je ») devant le paysage.
  3. Faux. Il faut écrire : Me trompé-je (ou « Me trompè-je »), ou vous essayez discrètement de changer de sujet ?
  4. Faux. Il faut écrire : Suis-je la seule à trouver cette situation étrange ?
  5. Phrase correcte.
  6. Faux. Il faut écrire : « Je ne suis pas convaincu », murmuré-je (ou « murmurè-je ») à mon voisin.
  7. Phrase correcte.
  8. Phrase correcte.
  9. Phrase correcte.
  10. Faux. Il faut écrire : Dussé-je (ou « Dussè-je ») me fâcher, personne ne quittera cette pièce avant d’avoir dit la vérité !
Auteurs Projet Voltaire
Pour cette règle d’orthographe Projet Voltaire :
Sandrine Campese, autrice et membre du comité d’experts Projet Voltaire.
Mélany Bigot, relectrice.
Sandrine Campese

Autrice langue française, créatrice de la mnémographie

Experte auprès du Projet Voltaire depuis 2014, Sandrine Campese a écrit de nombreux articles et publié une quinzaine de livres dont 250 dessins pour ne plus faire de fautes aux Éditions de L’Opportun (traduit en Chine et adapté au Québec) et la collection pour enfants Un petit dessin chez Le Robert. La plupart de ses ouvrages sont fondés sur la mnémographie, une méthode permettant de mémoriser l’orthographe des mots grâce à des astuces visuelles. Sandrine Campese écrit et anime des dictées thématiques et sur mesure pour les entreprises, institutions et associations. Également passionnée de théâtre, elle a écrit deux comédies, Le Dîner de Condé – mêlant histoire et gastronomie – et Voyageurs sur la genèse du Voyager Golden Record.

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