Paroles d’écrivain public


En novembre dernier, le Projet Voltaire publiait un dossier complet sur les écrivains publics. Voici le témoignage d’une personne exerçant depuis plus de 10 ans ce beau métier sans cesse en mouvement.

Sylvie Azoulay
Sylvie AZOULAY-BISMUTH
Écrivain public et formatrice
www.sazoulay-formation.com

Pourquoi avoir choisi le métier d’écrivain public ?
Être écrivain public est, selon moi, davantage une vocation qu’un métier. Avec une solide expérience en communication écrite, je me suis lancée en m’intéressant au fil du temps aux démarches administratives, ce dernier point pouvant s’acquérir avec l’expérience. Avant tout, j’avais envie d’apporter une aide à des personnes en difficulté ou simplement moins habiles dans l’écriture. J’allais découvrir beaucoup d’autres situations, heureuses ou bien malheureuses parfois. Je cherche toujours à obtenir une issue positive à chaque cas traité et, pour ce faire, je tiens à rester dans des actions modérées et constructives.    Je pourrais dire, aujourd’hui, après onze ans de pratique, que ce métier m’a permis d’être au fait des bonheurs et malheurs de la société, de l’être humain en général au cours de sa vie. Je suis profondément attachée à cette mission dorénavant.

Quel a été votre parcours ?
J’ai fait des études littéraires et j’ai eu la chance de beaucoup rédiger dans ma vie professionnelle, et en diverses situations. Et puis j’ai travaillé plus de dix ans dans le 1 % logement, milieu dit « social » ou parabancaire par certains côtés. En 1998, un bilan de compétences m’a fait prendre conscience de mes atouts rédactionnels et m’a fait découvrir le métier d’écrivain public. Cette idée a germé pendant quelques années, je m’y suis intéressée de près jusqu’à franchir le pas. En janvier 2005, j’ai obtenu une permanence en mairie (Lyon 2e) que je tiens encore à ce jour, les 1er et 3e mercredis du mois.

Quelle est, d’après vous, la qualité indispensable à un écrivain public ?
Je pourrais dire que l’aisance rédactionnelle est la qualité première ou encore la neutralité, la discrétion… Mais je préfère privilégier l’écoute. Je dirais même « l’écoute attentive », celle qui vous amène à vous mettre à la place de votre interlocuteur pour pouvoir l’aider de façon efficace. On peut appeler cela de l’empathie, oui, à condition de rester soi-même en bon état pour agir et trouver des solutions.

À l’heure du numérique, quelles sont les nouvelles exigences et ouvertures du métier ? Comment s’est-il adapté à ces évolutions ?
L’écrivain public du XXIe siècle doit être au fait des préoccupations de son temps et doit savoir tempérer des situations de plus en plus conflictuelles. Les contrariétés sont nombreuses et l’écriture est une épreuve quand on doit faire une réclamation ou contester une décision administrative. Il reste souvent la dernière personne qui vous écoute et agit pour vous.

L’écrivain public d’aujourd’hui a également un rôle à jouer auprès des entreprises ; il peut apporter des conseils avisés en rédaction. Il doit aussi trouver sa place dans l’ère digitale, celle des blogs et des réseaux sociaux. La simple évocation de ce métier suscite la confiance auprès des professionnels, très intéressés par le recul que peut avoir ce professionnel de l’écriture dans une société très formatée par les diktats marketing.

Pour s’adapter aux nouvelles exigences de son temps, il doit pratiquer autant auprès de particuliers que de professionnels, adapter en permanence son action dans la société pour y trouver sa place. D’aucuns disent qu’on ne peut pas vivre de ce métier, et ils ont presque raison : si l’écrivain public parvient à diversifier ses interventions, il peut continuer à aider les personnes en difficulté. Dans mon cas, j’ai choisi la formation en communication écrite et le conseil auprès d’entreprises. Ainsi, mes deux activités se nourrissent mutuellement, en tous points.

Quelle est la demande la plus originale que vous ayez eue à traiter ?
Les exemples se bousculent, je vais en choisir deux très différents.
Le jardinier : Monsieur X. me rend visite à ma permanence d’écrivain public en mairie pour me demander de l’aider à avoir des indemnités de chômage. Je le trouve jeune et en forme, je l’interroge sur son métier. Il me dit être jardinier. Je lui propose alors de lui rédiger un CV et une lettre de motivation que nous envoyons le jour même à la Ville de Lyon. Trois semaines plus tard, il revenait me voir avec un bouquet de fleurs pour m’annoncer qu’il était devenu jardinier à la Ville de Lyon.
« Ma vie derrière ces voûtes » : Madame Y. avait à cœur de laisser un témoignage sur son enfance à Perrache et de lever les a priori que peuvent avoir les Lyonnais sur ce quartier. À partir d’un classeur d’écolier rempli de pages manuscrites et chargé de photos, je l’ai aidée à écrire son livre « Ma vie derrière ces voûtes », paru en 2009… à Lyon uniquement !

Quels sont les conseils que vous pourriez donner aux personnes souhaitant en faire leur métier ?
Je dirais qu’une bonne expérience de la vie et de la rédaction est un préalable indispensable à l’exercice de ce métier. Un parcours diplômant tel que le DU dispensé par l’université de Toulon en formation continue peut également être rassurant et faire gagner du temps. Puis, comme déjà évoqué, il est utile de compléter cette activité par un autre métier afin d’avoir un revenu correct. Enfin, se préparer à vivre une grande aventure humaine et accepter d’être invité à entrer dans la vie des gens que l’on aide.


9 réponses à Paroles d’écrivain public

  1. Merci Sylvie pour cette belle interview, qui décrit bien toutes les facettes de la profession. Effectivement, être écrivain public est un très beau métier, nécessitant des compétences techniques, mais aussi (et surtout) humaines…

    Je vous souhaite une bonne continuation.
    Séverine

  2. Chambaron dit :

    Belle vitrine de la profession, mais l’arrière-boutique est un peu plus miséreuse.
    Peu d’experts de quoi que ce soit gagnent aussi mal leur vie en France, même après des années de pratique et un haut niveau de culture et de connaissances.
    Effectivement, pour les intermittents de la plume, mieux vaut avoir une seconde activité plus rémunératrice…

  3. MALLET dit :

    Juste oublié de dire qu’il existe un diplôme :
    http://www.univ-paris3.fr/licence-professionnelle-conseil-en-ecriture-professionnelle-privee-ecrivain-public-25460.kjsp
    On ne s’improvise pas écrivain public

  4. Un très beau métier qui permet de manier chaque jours la langue française.

    Merci pour l’article !

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