La majuscule, tout un art !


Pourquoi utiliser des majusLa Jocondecules, c’est-à-dire des lettres plus grandes, en début de mot ? Pour distinguer, par exemple, un état grippal d’un État fédéral, l’océan Pacifique d’un océan pacifique, c’est-à-dire calme et paisible. De même, il est plus agréable d’arriver à la Réunion qu’en réunion ! Loin d’être un détail, la majuscule est indispensable pour éclairer le sens d’un mot et son oubli constitue une faute. Si les exemples cités vous sont familiers, plus épineux sont les cas où les majuscules entrent dans la composition du titre d’une œuvre.

Les titres d’œuvres commencent tous par une majuscule. La question est de savoir si les autres mots qui les composent en prennent une aussi. Voici les cinq principales règles à connaître :

Règle n° 1 – Si le titre commence par un article indéfini (un, une, des), seul l’article prend une majuscule. C’est le cas du roman d’Éliette Abécassis, Un heureux événement, qui a été adapté au cinéma. Profitons-en pour rappeler que tout titre d’œuvre doit être mis en italique. Des hommes et des dieux, film de Xavier Beauvois, suit la même règle. Mais s’il s’agissait d’un Dieu unique, on écrirait : « Des hommes et Dieu », avec une majuscule à « Dieu ».

Règle n° 2 – Si le titre commence par l’article défini (le, la, l’, les), il est d’usage de mettre une majuscule au mot suivant. Exemples : La Joconde, célèbre portrait de Léonard de Vinci, Le Déserteur, poème de Boris Vian. Si l’on suit cette logique, il faut écrire Le Livre de la jungle, et non Le Livre de la Jungle, même si le titre original est The Jungle Book. Mais quand le titre est long et fait office de phrase, cette règle n’est pas toujours respectée, comme dans le roman de Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être.

Règle n°3 – Quand le titre ne commence pas par un article, seul le premier mot prend la majuscule, d’où Tout sur ma mère, film de Pedro Almodóvar. À moins, bien entendu, que le titre comporte des noms propres comme Minuit à Paris de Woody Allen et Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, où la Terre (la planète) se distingue de la terre (le sol, la matière).

Règle n° 4 – Quand le titre est composé d’un ou plusieurs noms coordonnés, seul le premier commence par une majuscule. Exemple : Amour, gloire et beauté. En revanche, s’ils sont essentiels ou symétriques, ils prennent tous deux une majuscule : Guerre et Paix de Tolstoï, Le Rouge et le Noir de Stendhal ou encore Le Corbeau et le Renard de Jean de La Fontaine. Ce dernier exemple nous permet d’énoncer une cinquième règle : qu’en est-il des noms propres à particule ?

Règle n° 5 – Si le titre comprend un patronyme à particule ou si l’auteur possède un patronyme à particule, la règle est de ne pas mettre de majuscule à la préposition « de ». Jean de Florette est un roman de Marcel Pagnol. Alain Peyrefitte a publié une biographie intitulée C’était de Gaulle. Idem pour les surnoms : Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald.

Sandrine Campese


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Contributrice et modératrice

36 réponses à La majuscule, tout un art !

  1. Uta dit :

    Hallo, bonjour,

    Je suis Allemande, la langue française m’enchante depuis toujours, et vos articles très instructifs me permettent de me perfectionner. Merci beacoup!

    Je trouve navrant de voir votre magnifique langue, ce chef-d’oeuvre de raffinement et d’élégance, malmené et se dégrader de jour en jour.

    Avez-vous remarqué le slogan de la Halle « Comme elles sont belles les françaises » (avec un f miniscule)? Diffusion dans toute la France…

    Les journaux et autres médias ne sont pas en reste. J’avais fait la remarque au Nice Matin, on m’a répondu qu’ils n’avaient pas les moyens de payer des relectures… D’accord, ce journal n’est pas franchement une référence, mais quand même.

    Je pense que des cours gratuits de remise à niveau pour adultes auraient certainement du succès, car les jeunes sortent de l’école et souvent ne maîtrisent pas leur langue maternelle.

    En tout cas, merci pour votre travail, et bonne continuation!

    Cordiallemand 😉

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Uta, merci pour votre message qui fait plaisir à lire. Permettez-moi de vous féliciter pour votre français parfait ! Ainsi que pour votre humour (bien trouvé, le mot-valise « Cordiallemand »;-). Eh oui, les fautes sont désormais légion dans la presse, à la télévision (les fameux bandeaux de BFMTV et d’Itélé), sur les affiches publicitaires, les sites internet… C’est pour tenter d’améliorer le niveau de français des adultes (mais aussi des enfants) que le Projet Voltaire a vu le jour. N’hésitez pas à en parler autour de vous :-). Je vous invite également à rejoindre notre page Facebook http://www.facebook.com/Projet.Voltaire ainsi que le compte Twitter http://twitter.com/DicteeLarousse. Du lundi au vendredi, entre 9 h et 14 h, une phrase est dictée par mes soins dans une vidéo. Il suffit de l’écrire correctement et d’être tiré au sort pour remporter un accès au Certificat Voltaire (examen qui atteste du niveau d’orthographe en français) et des livres. Bonne chance et à bientôt !

      • Uta dit :

        Merci de votre message et de vos aimables compliments, Sandrine! Mais, bien que, et peut-être parce que les langues sont ma passion, je m’aperçois qu j’ai toujours plus de choses à apprendre. C’est un histoire sans fin, un challenge, que dis-je, une addiction, haha.

        J’ai partagé votre page FB. Excellent, tout ce qui se passe chez vous! Oui, bizarrement, même un bon niveau d’instruction n’assure pas toujours une bonne maîtrise du français…

        J’ai fait les 2 niveaux gratuits des fondamentaux, je pense continuer. Et comment puis-je être avertie des dictées et autres?

        Bon courage pour votre « sacerdoce » ;-). Puissiez-vous réussir à redonner goût aux gens à mieux aimer leur belle langue française !

  2. Elise dit :

    Bonjour,

    Je prépare une dictée populaire et souhaite être au clair sur les corrections et explications à apporter au public. J’ai choisi un extrait d’Au revoir là-haut de Pierre Lemaître. Lorsqu’il écrit « Le général Morieux », il n’y a pas de majuscule à général, pourquoi?. Si Monsieur Lemaître avait écrit général Morieux, je suppose que nous mettons une majuscule ?

    Merci pour votre réponse,

    Elise

    • Sandrine dit :

      Bonjour Élise, les noms de fonctions, de grades ou de titres civils, administratifs ou religieux s’écrivent avec une minuscule, d’où « le général Morieux ». Lorsque le titre est employé seul et qu’il identifie la personne sans ambiguïté, il s’écrit avec une majuscule. On parle ainsi du général de Gaulle ou, plus simplement du Général. De même : « l’empereur Napoléon » ou « l’Empereur », etc. Bon week-end

  3. Mery dit :

    Bonjour Sandrine,
    Doit-on mettre une majuscule à : Conseil de Paroisse, ou Conseil de Fondation ? Ex. La société est placée sous l’autorité du conseil de fondation?

    Par avance merci de votre retour.

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Mery, lorsqu’il désigne, par son nom officiel, un organisme à caractère unique dans un État, à l’échelle d’un gouvernement ou, à plus forte raison, à l’échelle internationale, le mot conseil s’écrit avec une majuscule initiale. Exemples : le Conseil d’État, le Conseil de l’Europe, le Conseil de sécurité des Nations unies… En revanche, il ne prend pas de majuscule s’il désigne un groupe de personnes formé à l’intérieur d’une société ou d’une organisation pour participer à sa gestion (conseil, conseil de direction, conseil d’administration, conseil municipal, etc.). Je pense que vos exemples entrent dans la seconde catégorie et qu’il faut donc écrire : « conseil de paroisse » et « conseil de fondation ». Source : http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1177. Bonne soirée

  4. eml dit :

    Bonjour,

    Je me posais la question pour Charles de Gaulle ou De Gaulle, et j’ai trouvé cet article :
    http://www.lefigaro.fr/livres/2010/06/17/03005-20100617ARTFIG00001-l-homme-du-18-juin-c-est-de-gaulle-ou-de-gaulle.php

    En substance :
    * Ceux qui considèrent (à tort semblerait-il) que le « De » de De Gaulle fait partie du nom mais n’est pas une particule de noblesse, expliquent qu’il faut écrire De Gaulle.

    * Ceux qui pensent que c’est une particule nobiliaire, insistent pour qu’on écrive « de Gaulle ».

    Jusque là, le débat porte sur un problème généalogique, et non sur un problème de français.
    Cela se complique avec la dernière remarque du journaliste : on pourrait mettre une majuscule à « De », même si c’est une particule, pour faire une différenciation visuelle dans une phrase comme : « La politique de De Gaulle », au lieu de la répétition « de de ».

    Pouvez-vous nous éclairer sur ce point ?

  5. Chambaron dit :

    Il n’est peut-être pas inintéressant de mettre un coup de projecteur sur le cas bien particulier de l’article défini (le, la , les) évoqué à la règle N° 2. En effet, comme premier mot d’un titre, il n’a pas le même statut que tous les autres : d’une part, vu sa fréquence (au moins un titre sur deux), il ne permet pas un classement alphabétique efficace des titres. D’autre part, il est sujet à variation selon sa place dans une phrase. Par exemple, même si le titre officiel est « Le Père Goriot » (3 mots en italique), on écrira qu’on a apprécié la lecture du « Père Goriot » (2 mots en italique). La règle n’est donc pas arbitraire, mais permet de gérer tous les cas de manière harmonieuse.

  6. Xavier dit :

    Bonsoir Sandrine,

    J’aurais une question quant à la règle numéro 3 de votre billet. Il s’agit plus précisément du cas où le titre ne commence pas par un article. J’ai lu certaines informations qui sont contradictoires et j’aimerais que vous clarifiiez la situation.

    L’Académie française recommande, dans le cas précis susmentionné, de ne mettre une majuscule qu’au premier mot du titre sauf si ce dernier est un adjectif, auquel cas ledit adjectif prend une majuscule de même que le substantif suivant. Ainsi et selon cette règle, on écrira : « Tristes Tropiques ».

    Mais Jean-Pierre Colignon, dans son ouvrage intitulé « La majuscule, c’est capital », recommande, toujours dans le cas où le titre ne commence pas par un article, de mettre une majuscule au premier mot uniquement même si celui-ci est un adjectif. Ainsi et selon ses recommandations, on écrira : « Tristes tropiques ».

    Je n’ai trouvé aucune explication complémentaire à ce sujet donc à quel saint se vouer ? Doit-on écrire « Tristes Tropiques » ou « Tristes tropiques », « Quatre Bourlingueurs à Pôrto Alegre » ou » Quatre bourlingueurs à Pôrto Alegre » ?

    En vous remerciant d’avance.

    Xavier.

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Xavier, cela fait plaisir de vous lire à nouveau. Voici mes réponses :
      Tristes Tropiques : majuscule au nom et à l’adjectif qui précède.
      Quatre Bourlingueurs à Porto Alegre : majuscule après un adjectif numéral (je ne connais pas cette œuvre !)
      Source : Dictionnaire d’orthographe et de difficultés du français, Le Robert
      Bonne soirée et à bientôt !

      • Xavier dit :

        Merci pour votre réponse et de vos billets toujours très instructifs.

        En ce qui concerne « Quatre Bourlingueurs à Porto Alegre » (je n’arrive pas à mettre le texte en italique), il s’agit d’une fantaisie de ma part dans le but de trouver un exemple d’un titre d’oeuvre commençant par un adjectif numéral cardinal.

        En vous remerciant une nouvelle fois et au plaisir de vous lire très bientôt, sur ce site, dans l’un de vos livres ou sur votre blog.

        Xavier.

        • Sandrine dit :

          Je comprends mieux pourquoi mes recherches ont été infructueuses !
          Peut-être faudrait-il songer à écrire les aventures de ces « quatre bourlingueurs », qu’en pensez-vous ? 😉
          Merci de votre fidélité et de votre bienveillance.
          À bientôt !

  7. Valerie BUISINE dit :

    Bonjour, je suis en train de finaliser une thèse et j’ai beaucoup de mal avec les majuscules. Je suis tentée d’en mettre le moins possible, mais j’hésite toujours. Et sur internet, on trouve tout et son contraire.
    Pouvez-vous me dire par exemple si on peut écrire « encre de chine » et non « encre de Chine » ? (je trouve que la MAJ gêne la lecture, pourtant la Chine est un pays. Mais encre de chine considéré comme nom commun, donc plus de MAJ ?). Et aussi : Ecole des beaux-arts, musée des beaux-art… des majuscules ? Merci de m’aider… A bientôt, Valérie Buisine

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Valérie, Le dictionnaire Larousse (qui, avec le Robert constitue notre référentiel) indique « encre de Chine » et « beaux-arts ». Bonne soirée et bonne chance pour votre thèse !

  8. Anita dit :

    Bonjour,
    STP, qu’en est-il des majuscules dans le domaine spirituel. Je dirais pas exemple Bel ami, n’exprimant pas l’esthétisme mais la divinité intérieure de la personne ? Plus largement dans ce domaine, comment s’y retrouver, dans quels cas met-on une majuscule, STP ?
    Par avance merci : )

  9. BESREST dit :

    Bonjour, je recherche les règles des accents sur les lettres majuscules en début de phrase. Je pense qu’il faut les écrires et c’est possible même avec les ordinateurs par exemple À est réalisé avec Alt 0192. Merci par avance pour vos réponses. Bonne journée Cordialement Thierry

  10. Éric B dit :

    Bonjour Sandrine,
    Et avec l’usage du tiret bas dans un titre, comment ça se passe ?
    Merci de votre réponse.

  11. Xavier dit :

    Bonjour Sandrine.

    Merci encore pour vos articles tous très intéressants qui nous apprennent (réapprennent) plein de choses.

    Avez-vous prévu de rédiger un article portant sur l’emploi de la majuscule en histoire-géographie ? Si cela était le cas, alors j’en serais le premier ravi tant ce domaine regorge de subtilités.

    A bientôt.

    Xavier

  12. Mireille dit :

    Pouvez vous me dire si les majuscules doivent être accentuées à l’écrit ? et si les cédilles doivent être ajoutées sous les majuscules? À quand remonte la dernière reforme d’orthographe à ce sujet? Ça va ?
    Merci pour votre réponse.

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Mireille, ça va bien et vous ? 🙂 D’après l’Académie française, « l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur. Il en va de même pour le tréma et la cédille. » Bon week-end et à bientôt.

      • Thomas Lincrédule dit :

        Balladur (dont je n’inscris ni le prénom ni la fonction de l’époque pour ne risquer aucune faute) serait intervenu auprès du Journal Officiel (premières parenthèses, je me lance) afin que son prénom apparaisse sans accent sur le E.

        Votre site est un mine de trésors. Arrivé à un certain âge (celui de savoir qui est Edouard B.), l’école est désormais loin, les connaissances s’estompent…
        Je vais consommer sans modération (singulier cf. 31.10.!)

        • Sandrine dit :

          Bonsoir Thomas, j’ignorais cette anecdote ! Peut-être Edouard B. a-t-il voulu imiter Grevisse et Clemenceau, dont les patronymes ne prennent pas d’accent sur le « e ». Merci de votre fidélité, excellente soirée !

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