Voltaire, le jongleur de lettres (2/2)


Si, par sa correspondanceEcrazer-l-infame-1 fleuve et ses voyages, Voltaire a abreuvé l’Europe de français, s’il a été un précurseur dans la modernisation de notre graphie, s’il a enrichi notre vocabulaire (tout en bannissant les abus de langage), il aimait par-dessus tout jouer avec les mots pour créer pseudonymes et devises, rébus et devinettes. Cette facette du philosophe, parfois méconnue mais qui transparaît dans le nom qu’il s’est choisi et qui est passé à la postérité, témoigne de sa finesse et de sa facétie. La preuve par six.

 ERATOU

En 1759 paraît un opuscule intitulé Précis du Cantique des cantiques, comprenant des traductions de textes bibliques. Deux ans plus tard, circule une Lettre de M. Eratou à M. Clocpitre, aumônier de S.A.S.M. le Landgrave. « Eratou », cela ne vous rappelle rien ? C’est l’anagramme d’Arouet, bien sûr ! Eratou, traducteur des Cantiques, n’est autre qu’un double de l’auteur cherchant à brouiller les pistes. Un auteur qui aime décidément beaucoup jouer avec les lettres.

S.A.S.M. : Son Altesse sérénissime monseigneur
Landgrave : titre allemand porté par certains princes souverains relevant directement de l’Empereur.

ECRLINF

Voltaire ponctuait souvent ses lettres par cette formule abrégée signifiant « Écrasez l’infâme ». L’infâme, c’est l’Église catholique, et plus largement la superstition, le fanatisme et l’intolérance. Voltaire se la représentait comme une créature cauchemardesque et obsédante. Voici ce qu’il écrit à d’Alembert : « Passez votre vie à écraser de votre main les têtes de l’hydre sans qu’elles ne puissent en mourant nommer celui qui l’assomme, ECRLINF ! » Il inventa même un certain « M. Ecrelinf » qui invitait son correspondant à le rejoindre dans son combat contre l’obscurantisme.

6 G a 7

Traduction : « J’ai grand appétit entre 6 et 7 (heures) ». C’est par ce rébus graphique que Voltaire répondit à l’invitation de Frédéric II de Prusse en son palais d’été de Sans-Souci situé à Postdam, dans les environs de Berlin.

Le roi lui avait adressé le mot suivant :

   P        à         6    où il faut lire « Venez souper à Sans-Souci ».
venez            100

5 VOYELLES, 1 CONSONNE

En français composent mon nom
Et je porte sur ma personne
De quoi écrire sans crayon.
Saurez-vous trouver la solution de cette énigme attribuée à Voltaire ?

                                                                         (Réponse : l’oiseau)

Sandrine Campese

 


À propos de Sandrine

Contributrice et modératrice

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *