Voltaire, le jongleur de lettres (1/2)


Si, par sa correspondanvoltairece fleuve et ses voyages, Voltaire a abreuvé l’Europe de français, s’il a été un précurseur dans la modernisation de notre graphie, s’il a enrichi notre vocabulaire (tout en bannissant les abus de langage), il aimait par-dessus tout jouer avec les mots pour créer pseudonymes et devises, rébus et devinettes. Cette facette du philosophe, parfois méconnue mais qui transparaît dans le nom qu’il s’est choisi et qui est passé à la postérité, témoigne de sa finesse et de sa facétie. La preuve par six.

AROUET

C’est le vrai nom de Voltaire, dont la consonance – « à rouer » – prit tout son sens le soir du 6 février 1726. Au sortir d’un dîner chez le duc de Sully, des hommes de main du chevalier de Rohan – à qui Voltaire avait lancé la fameuse pique « Mon nom je le commence, vous, vous finissez le vôtre ! » – se jetèrent sur lui et le rouèrent de coups de bâton. Alors âgé de 32 ans et poète à succès, il sera marqué à vie par cet épisode malheureux.

En outre, Voltaire était, selon ses dires, souvent confondu avec un poète qu’il détestait : Pierre-Charles Roy (à l’époque roy se prononçait [roué]). « Un homme, disait-il, dont il faut brûler les ouvrages et pendre la personne. »

En abandonnant son patronyme, il tourna donc le dos à des années d’humiliations et de vexations. Il écrivit : « J’ai changé mon nom d’Arouet en celui de Voltaire. J’ai été si malheureux par l’autre que je veux voir si celui-ci m’apportera du bonheur. »

VOLTAIRE

Voltaire est l’anagramme d’AROUET L.J., « L.J. » voulant dire « Le Jeune », sans doute par imitation des auteurs de l’Antiquité (ex. : Pline le Jeune). Or, au XVIIIe siècle, on écrivait encore V au lieu de U et I au lieu de J, comme en latin (bien que la distinction ait été établie deux siècles plus tôt). Par conséquent, on pouvait écrire AROVET L.I., ce qui en mélangeant les lettres donne : VOLTAIRE !

Max Gallo, dans sa biographie de Voltaire, mentionne une autre origine. Dans une pièce de 1651 intitulée Balde, reine des Sarmates, le héros, un fils incestueux qui maudit les dieux se nomme « Voltare ». Il n’est pas impossible que le philosophe ait eu connaissance de cette pièce oubliée en préparant son Œdipe, première pièce écrite sous son pseudonyme en 1718.

Ce nouveau nom aux accents « volontaires » fut malgré tout détourné en « Vol à terre » par le poète Nicolas Gilbert, dégoûté par les mœurs de son temps, dans sa satire Le Dix-Huitième Siècle (1775).

Mais c’était peine perdue : son pseudonyme le mena aux plus hauts sommets. Une dernière anagramme le montre : « O Alte Vir » – en latin alte vir signifie à peu près « grand homme » – donne « Voltaire ».

À suivre très prochainement, les rébus et devinettes inventés par Voltaire !

Sandrine Campese

 

 


À propos de Sandrine

Contributrice et modératrice

2 réponses à Voltaire, le jongleur de lettres (1/2)

  1. Azizi Elbahi dit :

    Bonjour,

    Je suis apprenant de la langue française et je voudrais savoir laquelle des deux formes est correcte :

    Jétais en France ou j’ai été en France

    J’ai été au jardin ou j’ai été dans le jardin

    Je vous remèrcie !

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