Nom ou verbe ? Cinq homophones à distinguer


En français, de nombreux mots se Arête de poissonprononcent de la même façon.
Seule l’orthographe les différencie. Bien souvent, ces homophones sont des noms, mais il n’est pas rare de rencontrer un nom et un verbe qui se ressemblent presque comme deux gouttes d’eau. Le verbe peut être conjugué ou à l’infinitif. Même s’ils n’ont pas la même nature, ces « faux frères » sont source de confusions. En voici quelques exemples.

Arête et arrête

Le nom arête vient du latin arista (barbe d’épi) et désignait d’abord la partie fine et longue d’un végétal. Par la suite, l’arête est devenue la tige du squelette des poissons et plus généralement une ligne d’intersection de deux plans (l’arête du nez, l’arête d’une montagne).

Le verbe arrêter, lui, prend deux « r », issus du préfixe ad-, devenu ar- devant le « r » du verbe restare (être immobile) qui a donné « rester ». Dans les deux mots, l’accent circonflexe sur le « e » est la trace de l’ancien « s » de l’ancien français areste (arête) et du latin arrestare (arrêter).

Empreinte et emprunte

Le nom empreinte vient du verbe empreindre, du latin imprimere qui a donné « imprimer ». Il désigne la « marque laissée par un corps qu’on presse sur une surface ». Au figuré, l’empreinte est une touche caractéristique imprimée dans un lieu ou dans une œuvre d’art : l’empreinte d’un auteur, l’empreinte de Dieu…

La confusion avec le verbe conjugué emprunte, de l’infinitif « emprunter », vient du sens figuré de ce verbe, « passer par une voie pour se déplacer ». Ce qui suppose d’y laisser son empreinte

Haltère et altère

Ce n’est pas un culturiste mais néanmoins un homme de culture, Rabelais, qui introduit en 1534 le nom haltère dans notre vocabulaire. Dans Gargantua, le géant éponyme fortifiait ses muscles en soulevant au-dessus de sa tête deux masses de plomb de 8 700 quintaux chacune que l’auteur nomma alteres.

Ce n’est que plus tard que le « h » a été ajouté en référence à la racine grecque du mot, halteres, « balanciers pour le saut, la danse », et afin de le distinguer de son homophone altère, issu de la conjugaison du verbe altérer.

Palier et pallier

Le pallium était un manteau dont les Grecs avaient l’habitude de se couvrir. On peut désormais l’admirer sur le pape. Vous ne voyez pas le rapport avec le verbe pallier ? Il est pourtant très étroit. Au sens propre, pallier consiste à couvrir d’un manteau (pallium) pour cacher, par exemple, ses défauts ! Mais en aucun cas il ne s’agit d’un remède véritable. Pour preuve, en médecine, « pallier un mal », c’est le guérir en apparence (d’où « soins palliatifs »).

Autre origine étonnante : c’est la « poêle » qui est à l’origine du palier, plate-forme située à chaque étage d’un escalier. C’est sans doute la « forme plate » de l’ustensile de cuisine qui explique cette étymologie.

Soufre et souffre

Minerai de couleur jaune clair très inflammable, le soufre dégage en brûlant une odeur suffocante. C’est pourquoi, dans l’Antiquité, l’odeur de soufre était associée au démon. Au figuré, on dit d’un écrit qu’il sent le soufre lorsqu’il semble inspiré par le diable.

Avec deux « f », souffre correspond au verbe « souffrir », dérivé du latin sufferre, où ferre signifie « porter ». Avant de caractériser une douleur physique ou morale, le verbe a d’abord été synonyme de « supporter » (ne pas souffrir quelqu’un) et de « permettre » dans le style ampoulé : « Souffrez, Madame, que je me mette ici à la place de mon père » (Molière, L’Avare).

Sandrine Campese

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