L’origine de ces fameuses expressions : « Bayer aux corneilles »


Spontanément, nous serions tentés de dire que « Bayer aux corneilles » contient une faute d’orthographe. Le verbe « bâiller » semblerait plus approprié pour cette locution désignant le fait de regarder en l’air sans rien faire.

Et pourtant non, même si « bâiller » semble bien correspondre au sens de cette expression, nous parlons ici de « bayer », qui signifie s’étonner, être bouche bée.

Bayer aux CorneillesD’ailleurs, concrètement, pourquoi parle-t-on de bayer aux corneilles ? Nous avons compris le sens de « bayer », mais quel rapport avec les corneilles ? En premier lieu, entendons-nous bien sur les corneilles dont il est question : s’agit-il des oiseaux ou des fruits du cornouiller ? Pour nous orienter, rappelons l’expression telle qu’elle fut utilisée au XVIIe siècle : à l’époque, on disait « bayer aux grues ». On peut donc y voir une référence aux oiseaux.

Au XVIe siècle, le terme « corneille » s’est étendu, désignant un objet insignifiant, sans importance. « Voler pour corneille » exprimait le fait de chasser un gibier sans valeur. Cet usage du mot « corneille » renforce l’image de futilité que nous associons aujourd’hui à « bayer aux corneilles ». Selon le sens des différents termes qui constituent cette expression, nous pourrions ainsi la traduire par « rester la bouche ouverte devant une chose sans intérêt ».

Honoré de Balzac y fait référence au XIXe siècle, dans son œuvre Modeste Mignon, comme à une banalité ponctuant la journée d’une illustre personne : « La plupart des gens de province ne se rendent évidemment pas un compte exact des procédés que les gens illustres emploient pour mettre leur cravate, marcher sur le boulevard, bayer aux corneilles ou manger une côtelette. »

Quant à Corneille, quelle expression aurait-il employée ?


20 réponses à L’origine de ces fameuses expressions : « Bayer aux corneilles »

  1. Un petit détail qui peut avoir son importance pour éviter in quiproquo : le fruit du cornouiller ne s’appelle pas la
    corneille mais la cornouille ! Donc dans l’expression  » bayer aux corneilles », on se réfère bien à des oiseaux !

  2. swana dit :

    l’idee de Moliere se moquant Corneille me plait et me donne quelques petites idees mais j’ai fait des recherches et l’origine de l’expression et belle et bien ces oiseaux de laideur.

  3. vero dit :

    et j’ai oublié le « si’ de si Molière m’était conté.. 😀

  4. vero dit :

    Bonjour, Maraîchère, je viens vérifier sur le net, mon mal de dos m’invitant à me redresser et rester un instant perdue dans mes pensées en regardant les activités de mes compagnons corvidés, était un acte coutumier de mes augustes prédécesseurs des champs… le sujet est intéressant, mais je n’ai pas ma réponse… 😀 Quant à Molière et Corneille, il se dit de plus en plus que Corneille était l’auteur des pièces de Molière, Directeur de troupe et que cet arrangement permettait de ne pas mélanger les genres… ?

  5. Espin dit :

    Perso, je ne suis demandée si il ne fallait pas prendre « bailler » dans le sens de « donner » (encore utilisé dans le patois bressan par les anciens).
    Cela voudrait dire « donner au corneilles » = donner à perte, perdre son temps.
    Plus compréhensible que « rester bouche bée » devant un oiseau
    Non ?

    • Valotte dit :

      Espin, sur ce site dédié à l’orthographe je me permets de vous signaler que même quand on est une femme, on n’écrit pas « je me suis demandée » mais « je me suis demandé ». Erreur très courante néanmoins. Peut-être une coquille ?
      Bien cordialement

  6. PICO dit :

    Le verbe bayer qui signifie « avoir la bouche ouverte » ne doit pas être confondu avec bâiller.
    Quant aux corneilles, au XVIe siècle, elles désignaient des objets insignifiants, sans importance. Ce terme pouvait aussi bien désigner l’oiseau, présent en grande quantité à cette époque, que le fruit du cornouiller.

    Bayer aux corneilles voulait donc dire « rester bouche ouverte à regarder en l’air, contempler ou désirer des choses sans intérêts ».

  7. Chambaron dit :

    On peut aussi mentionner que « bayer » s’emploie littérairement pour signifier s’ouvrir tout grand, ainsi que sa racine « béer »:
    Les fleurs qui bayent à la rosée retenaient leur parfum.
    MURGER, Les Nuits d’hiver, 1861, p. 220

    Profitons de l’occasion pour rappeler qu’on peut aussi bayer aux chimères, aux nuées ou devant toute autre spectacle :
    Les songe-creux, qui vont aux chimères bayant,
    Trouvent les âpretés de ces ravins fort belles;
    Mais ces chemins pierreux aux passants sont rebelles, …
    HUGO, La Légende des siècles, Le Petit roi de Galice.

    …les yeux en l’air, bayant devant la façade monumentale du Bonheur des Dames, (…).
    ZOLA, Au Bonheur des dames, 1883, p. 761.

    Ce qui semble important est de bien conserver la nuance avec bâiller, qui traduit l’ennui, la fatigue ou la faim pour les humains, ou une mauvaise jointure pour les objets : ainsi on écrira qu’une porte bâille (légèrement ouverte), ou qu’elle est béante (de béer, grande ouverte).

    Ceci étant, le TLF (Trésor de la Langue Française) souligne que les deux mots se sont dans le passé quelque peu « mélangés » avant d’atteindre cette distinction, qui reste subtile. À l’époque de Corneille, et des débuts de l’Académie, il n’est pas sûr que le distinguo était déjà bien établi. Mais, eu égard aux dates et à l’ordre alphabétique de la lettre B, sans doute est-il lui-même intervenu dans la définition de ces mots dans le cadre de la première édition du Dictionnaire…

    Bien littérairement,
    Chambaron

  8. Serge Marsat dit :

    Ne pourrait-il s’agir du verbe bailler, autrement dit louer, dans le sens où un local délaissé au profit des oiseaux, corneilles et autres pigeons, ne rapporte guère d’argent. L’expression prendrait donc le sens: louer pour rien.

    • Erick dit :

      Votre point de vue est intéressant, Serge, mais il s’agit bien de Bayer.

    • Colbert Alain dit :

      Béer, bayer a coexisté avec bailler au sens de louer. De bailler, outre le sens conservé aujourd’hui, il reste l’expression très ancienne « Vous me la baillez belle ! » (« Vous me surprenez beaucoup ! »)
      Les deux verbes n’étaient pas confondus.

  9. Colbert Alain dit :

    On portait autrefois un jugement de valeur sur les espèces animales. Le corbeau, la corneille étaient situés au bas de l’échelle des oiseaux: ils étaient considérés comme laids et ayant un chant particulièrement désagréable. La flatterie du renard dans la fable de La Fontaine : »Si votre ramage se rapporte à votre plumage vous êtes le phénix des hôtes de ce bois » était compris par les contemporains comme un extremum du mensonge courtisan.
    Rester bouche bée d’admiration devant une corneille c’est n’avoir aucun sens esthétique, être naïf et pour tout dire un peu sot. Le sens a un peu glissé puisqu’il s’utilise aujourd’hui pour blâmer quelqu’un qui reste sans rien faire alors qu’une tâche l’attend.

  10. Sandrine Joly dit :

    Cette expression ne pourrait-elle pas venir des auteurs de l’époque? je fais référence à Corneille, le dramaturge et poète français. Une façon de dire que les pièces ou les écrits de Corneille sont ennuyants? Par exemple, une moquerie de Molière?

    • Erick dit :

      C’est un idée intéressante, Sandrine. Cependant, toutes les recherches menées jusqu’à présent concernant l’origine de cette expression penchent de notre côté 😉

  11. Lacroix Bianca dit :

    je pense que Corneille aurait écrit « elle s’est fait faire ….
    personnel et non personel
    professionnel et non professionel
    national et non nationnal

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