Le sens caché des mots (ou langue des oiseaux)


« Un mot est hanté palchimiste_teniersar tous les mots qui lui ressemblent » nous dit le poète Michel Butor. En jouant sur l’homophonie, c’est-à-dire les mêmes sonorités, on peut faire dire aux mots bien plus qu’ils ne signifient. Leur sens caché peut amplifier leur sens premier, ou au contraire, s’y opposer. Cette pratique ancienne, très prisée des alchimistes, est connue sous le nom de « langue des oiseaux ». En voici quelques exemples.

Commençons par tumeur, qui est l’un des plus troublants. À l’oral, on entend « tu meurs ». Or, il est malheureusement fréquent qu’une tumeur maligne, c’est-à-dire cancérigène, entraîne la mort. Ces deux expressions entretiennent-elles un rapport étymologique ? Pas le moins du monde ! Le nom « tumeur » vient du latin tumor qui signifie « enflure, gonflement », la tumeur étant caractérisée par le développement anormal de cellules dans le corps humain. Quant au verbe « mourir », il découle du latin morire.

Poursuivons dans le même registre avec hécatombe. Il est surprenant que ce nom, qui qualifie la mort de nombreuses personnes, contienne un autre nom qui lui est intimement lié : « tombe ». Ici non plus, pas d’origine commune. Littéralement, l’hécatombe (hekatombê en grec) désigne le sacrifice de cent bœufs, de hekaton, « cent » et bous « bœuf ». Aucun lien avec la tombe, du latin tumba, apparenté au tumulus, monticule placé sur la tombe.

Voici un autre mot dont le sens caché vient en quelque sorte confirmer le sens connu : concupiscent. Cet adjectif a la particularité d’être formé par ce qu’on appelle les « syllabes sales » : con-cul-pissant. Hasard ou coïncidence, il qualifie un désir ardent et sensuel. En réalité, le mot est bien plus sage qu’il n’en a l’air puisqu’il dérive du latin chrétien concupiscens ! Dans le même esprit, citons satyre ou satire. Qu’il s’agisse de l’obsédé sexuel ou de l’œuvre critique, dans tous les cas, « ça tire » !

Platonique est l’exemple inverse. Alors que l’adjectif est censé désigner ce qui est pur, idéal, dégagé de toute sensualité, le voici flanqué du très suggestif « nique ». Comment expliquer une telle contradiction ? À l’origine, « platonique » désigne ce qui relève de la philosophie de Platon. Concurrencé par « platonicien », l’adjectif a fini par disparaître en ce sens, pour réapparaître au sein d’une formule bien connue : « un amour platonique ». Ici, « nique », ou plutôt « -ique » n’est qu’un suffixe parmi d’autres permettant de former couramment des adjectifs. Il se distingue donc de la racine arabe i-nik, qui, par analogie avec le verbe « forniquer », a fini par désigner le fait de posséder sexuellement quelqu’un.

Toujours dans les sens « contrariés », le nom serment a de quoi étonner ! Comment faire sérieusement un serment, c’est-à-dire une promesse sacrée, alors que le nom contient le verbe « ment » ? Ici encore, pas de filiation historique, le « -ment » de « serment » est hérité du latin sacramentum. Il ne nous reste qu’à décortiquer le mot de la manière suivante : « des mensonges, sers m’en ! » pour obtenir le même effet.

Un dernier pour la route, qui nous fait réfléchir à notre fragile condition d’humain. N’avez-vous jamais remarqué que le nom terrien faisait entendre « t’es rien » ? Certes, en latin, terra n’est pas lié à res, qui a donné « rien ». Mais c’est sûrement ce que les extraterrestres qui nous observent de là-haut pensent tout bas…

Sandrine Campese

 

 

 

 


À propos de Sandrine

Contributrice et modératrice

21 réponses à Le sens caché des mots (ou langue des oiseaux)

  1. Bernadette Membrives dit :

    Bonjour je cherche le sens du mot Parkinson
    Merci
    Ën langue des oiseaux j’avais oublié mci

    • Sandrine dit :

      Bonjour Bernadette, voici la définition donnée par Luc Bigé dans son Petit dictionnaire en langue des oiseaux.
      PARKINSON : se lit « park in son » et évoque le fait de se sentir coincé (park, parqué), par la présence du fils ou de la filiation (son). La maladie dit « je ne sais plus comment me sortir de cette filiation, et je fais des gestes en tous sens pour affirmer mon désir de sortir de cette prison ». Le fil peut aussi être l’enfant intérieur qui a toujours pris beaucoup de place dans la vie de l’adulte. Et ceci pour maintenir la sérénité (P, paix) et éviter les conflits au nom de la stabilité chez soi.
      Bon week-end !

  2. bongiorno dit :

    bonjour Sandrine, je suis à la recherche de la significaton de 3 prénoms : Sandra, Adrien et Mathilde. avez-vous une piste ? Merci d’avance !

    • Sandrine dit :

      Bonjour, les trois prénoms que vous indiquez sont traités dans Le Petit dictionnaire en langue des oiseaux, de Luc Bigé. Si vous m’envoyer votre courriel en commentaire (je ne publierai pas le message), je vous adresserai les passages qui vous intéressent. Bon week-end.

  3. maely dit :

    Bonjour
    Je cherche la definition en langues des oiseaux du mot ironie
    Merci pour votre reponse

    Tres bel article
    C’est passionnant

    • Sandrine dit :

      Bonjour Maely et merci de votre intérêt. Tous les mots ne sont pas « interprétables » en langue des oiseaux :-). Je n’ai pas trouvé dans le Petit dictionnaire en langue des oiseaux, de Luc Bigé, le sens caché du mot « ironie ». On entend néanmoins « ire honnie » (colère blâmée, méprisée ?). Bonne soirée !

      • Aline dit :

        « ire honnie » : oui, c’est très juste ! quand on fait de l’ironie, c’est souvent qu’on refuse, qu’on nie la colère qui ressort d’une autre façon dans l’ironie, qui n’a rien de sympathique : ça fait aussi : « ire oh nie ! »

  4. Irène dit :

    On entend peut-être également les mots selon notre sensibilité ou selon ce que nous avons besoin de faire remonter à notre conscience…
    Par exemple, pour « serment », je pense personnellement au « serrement » de deux mains sincères dans leur engagement à honorer leur parole. Le pacte conclu est matérialisé par un contact. Une promesse qui quitte le monde abstrait des idées pour se concrétiser physiquement.

    Bien à vous et merci pour ces exemples éclairants.

    • Sandrine dit :

      Bonjour Irène, très intéressante votre interprétation « serment – serrement » ! Vous avez raison, cet exercice reste subjectif. Le présent article est là pour donner des orientations et inviter à la réflexion. Bon week-end et au plaisir de vous lire à nouveau.

  5. ldp dit :

    Bon jour

    Consulter un dictionnaire ou livre, que ce soit pour les rêves ou les mots, risque de vous enfermer à l’intérieur.

    « Dit que … si on erre » c’est comme un gps et tout le monde connait l’effet gps – on réfléchis plus et on fait ce qui est écrit.

    Je vous souhaite une merveilleuse journée et des rêves plein la tête

    @ ALINE
    Bravo pour votre interprétation ☼

  6. Mercedes Carrasco dit :

    je voudrais savoir le sens du mot PRIVEE en langue des oiseaux
    svp

    • Sandrine dit :

      Bonjour Mercedes, je ne suis pas spécialiste de ce langage. Par ailleurs, je ne crois pas que les mots de notre vocabulaire soient tous « interprétables » en langue des oiseaux. Néanmoins, si la discipline vous intéresse, je vous invite à lire le Petit dictionnaire en langue des Oiseaux de Luc Bigé, paru en 2006 aux Éditions de Janus. Enfin, si vous habitez à Paris ou en région parisienne, vous pourrez vous rendre à la conférence de Patrick Burensteinas, le 21 juin prochain, et lui poser directement votre question : http://www.inrees.com/Conferences/patrick-burensteinas-langue-oiseaux/. Bonne journée.

  7. Dider THOMAS dit :

    Bonjour Sandrine,

    Pourriez-vous m’indiquer s’il vous plaît un bon livre traitant de la langue des oiseaux, permettant de s’initier à cette langue ?

  8. Aline dit :

    Quel joli rêve !
    Je ne connais pas votre situation, mais les rêves de fondue parlent en général de sexualité.
    En effet, la fondue est un plat convivial, chaud, chaleureux que l’on partage, où tout comme dans l’amour, on y fond de plaisir. La fondue serait celle qui fond d’amour, de chaleur amoureuse.
    La fondue bourguignonne est faite avec de la viande, c’est à dire de la chair : allusion directe à la sexualité. Mais une sexualité mitonnée, préparée, dans laquelle on prend tout son temps et pour laquelle on se prépare.
    Et le jeu de mot dans bourguignonne est bien là : bourre, guigne, nonne.
    La guigne de la nonne, son malheur est, pourrait-on supposer, la chasteté, sa chair n’est jamais réjouie, à part par l’extase divine, mais toutes n’en sont pas là. La chair de la nonne est pauvre : en plus, dans nonne, il y a non et ne = double négation, double renoncement.
    Et bourre renvoie au verbe bourrer : combler ou encore triquer, baiser (ce qui comble aussi !)
    Bourguignonne dit qu’il s’agit de combler le manque créé par la chasteté. Le combler en étant fondue, c’est à dire folle d’amour ou de désir amoureux.
    Donc parler et préparer de la fondue bourguignonne serait songer à vivre une sexualité épanouissante.
    C’est bien un très joli rêve, et cela montre oh combien les rêves utilisent la langue des oiseaux pour se faire comprendre, si nous savons les écouter.
    Mais ne voir de double langage que là où c’est pertinent. Car un rêve s’interprète dans un contexte. Regardez si cela fait sens dans votre vie.
    Merci pour votre rêve qui pourra permettre à d’autres de comprendre le leur.
    Ajouter qu’en effet, toute expression française n’est pas traduisible en langue des oiseaux, mais souvent quand le rêve en utilise une, c’est qu’il y a une bonne raison et celle-ci est à creuser.

  9. nathalie auger dit :

    Bonjour,
    j’ai fait un rêve où je parle et prépare de la fondue bourguignonne. J’ai beau chercher, je n’arrive pas à trouver le sesn dans la langue des oiseaux, du mot  » fondue bourguignonne ».

    Merci de m’aider
    nathlaie auger

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Nathalie, malheureusement, tous les mots et expressions de la langue française ne sont pas « traduisibles » en langue des oiseaux ; c’est le cas de « fondue bourguignonne ». Bonne soirée.

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