À une lettre près : collision ou collusion ?


Pot de fleurs qui tombe sur la têteAvec une voyelle de différence, « collision » et « collusion » sont des paronymes. Leurs prononciations sont si proches qu’ils sont souvent confondus. Or ces deux noms n’ont absolument rien en commun, si ce n’est qu’ils viennent tous deux du latin. Voici trois bonnes raisons de ne plus jamais prendre l’un pour l’autre !

Collision et collusion n’ont pas la même étymologie

Collision est issu du latin collisio, « choc, heurt », lui-même formé sur collidere. On reconnaît dans ce verbe le préfixe cum- (sous la forme col-), « avec », et laedere, « frapper, blesser », qui a donné le français « léser ». Ainsi, étymologiquement, une « collision » revient à « frapper ensemble » ou « entrechoquer ».

Collusion vient de collusio qui signifie « entente secrète ». Le nom dérive du verbe colludere, composé du même préfixe cum- (toujours sous la forme col-), « avec », et ludere, « jouer », qui a notamment donné l’adjectif « ludique ».

Littéralement, donc, faire une collusion revient à « jouer ensemble ». Mais nous sommes loin de l’innocence des cours de récréation : l’entente, qu’elle soit amicale ou non, n’en reste pas moins frauduleuse !

Collision et collusion n’ont pas le même sens

Le sens de collision est simple : il s’agit d’un choc entre deux corps dont l’un, au moins, est en mouvement. Si, par exemple, un pot de fleurs a manqué de s’écraser sur votre tête alors que vous marchiez tranquillement sur le trottoir, c’est que vous avez évité de justesse une collision !

Outre son sens commun, « collision » est d’usage dans le vocabulaire technique :

– de la musique, s’agissant d’une collision de deux sons ;
– de la linguistique, lors d’une homonymie accidentelle entre deux mots (ou « collision homonymique ») ;
– de la physique nucléaire où il désigne un « choc entre particules ».

Le nom collusion a d’abord une origine juridique. C’est une « entente secrète entre deux ou plusieurs personnes pour nuire à un tiers ». Passé dans le langage courant, il désigne « tout accord secret visant à tromper quelqu’un ».

Notons l’existence de l’adjectif « collusoire » : « qui se fait par collusion ». À ne pas confondre avec le collutoire qui s’utilise en spray contre le mal de gorge !

Collision ou collusion : les termes du conflit

Mais alors, faut-il parler de collision ou de collusion d’intérêts ? Les deux ! Tout dépend du sens de votre propos.

La collision d’intérêts se caractérise par une « opposition profonde entre des intérêts, des idées » (Larousse) ; tandis que la collusion d’intérêts se décline, d’après le Code pénal, en corruption, trafic d’influence, ou prise illégale d’intérêts. C’est à ce sens que Balzac se réfère lorsqu’il écrit : « Et moi aussi ! s’écria Zélie qui cependant soupçonnait déjà le notaire d’une collusion d’intérêts avec le greffier » (Les Illusions perdues, 1843).

À lire dans la série « À une lettre près » : mugir et rugircyclope et cyclone.

Sandrine Campese

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À propos de Sandrine

Contributrice et modératrice

5 réponses à À une lettre près : collision ou collusion ?

  1. Philippe dit :

    Bonjour Sandrine et merci pour votre rubrique qui nous informe, nous conforte dans nos habitudes linguistiques ou nous corrige.
    Je suis en difficulté pour utiliser à bon escient « à nouveau » ou « de nouveau ».
    Par ailleurs on entend de plus en plus les journalistes utiliser « ce qu’il se passe » plutôt que « ce qui se passe ». J’utilise toujours la deuxième forme, mais je suis perturbé maintenant. Qu’en est-il ?
    Pouvez-vous m’aider.
    Merci.
    Cordialement.

    • Sandrine dit :

      Bonjour Philippe, « à nouveau » = « d’une nouvelle façon, différemment » ; « de nouveau » = « de la même façon, encore ». Quant à « ce qu’il se passe » et « ce qui se passe », les deux sont possibles, sans nuance de sens. Bonne journée.

  2. Tchouanaba dit :

    Oops ! j’aurais dû préciser ma source qui est juridique.

  3. Tchouanaba dit :

    Bonjour,
    Plus souvent, les médias nous ressassent inlassablement lors des accidents de circulation ou de route : « Qu’il y a eu collision entre deux voitures. » Pour vouloir dire « qu’il y a eu abordage de deux automobiles. » La nuance : lorsque l’on parle de collision c’est quand l’une des automobiles impliquée est en arrêt et l’autre en mouvement. On parle d’abordage c’est quand les deux engins sont en mouvement.

    • Sandrine dit :

      Bonjour, ce n’est pas ce qu’indique Larousse. Collision : « rencontre, plus ou moins rude, de deux corps en mouvement, ou choc d’un corps contre un obstacle ». Bonne journée.

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